Violences conjugales

Aider une victime de violences conjugales: 5 suggestions utiles 


​Que faire face à une victime de violences conjugales ? Comment aider au mieux ? Comment résoudre le sentiment d'impuissance que l'on peut parfois ressentir, que l'on soit professionnel, ami , voisin, ou membre de la famille?

Voici  5 suggestions utiles :

1. Les choses à éviter :

- juger la victime ("tu est trop ...." "pas assez"....). En gros, toutes les phrases qui commencent par "tu"  (le "tu" qui "tue"). Effet: vous êtes 100% assuré de blesser l'autre car un jugement est le plus souvent vécu comme une agression et une non-reconnaissance. Cela va bloquer a communication et renfermer la victime sur elle-même. Pas efficace.

- lui dire de quitter son conjoint, sous forme de "YAKA/YAKAPA" -  Exemple : "Tu n'as qu'à quitter ton conjoint" y compris sous forme de question: "Mais pourquoi donc supportes-tu tout cela?" "Pourquoi est-ce que tu ne quittes pas ton conjoint?". Effet: culpabiliser encore plus la personne et la mettre dans un état de souffrance encore plus grande que ce qu'elle vit déjà: si elle pouvait quitter son  conjoint facilement, elle l'aurait déjà fait. Le problème, justement, c'est qu'elle n'y arrive pas  Elle est comme en prison : c'est le phénomène d'emprise. Très peu de personnes comprennent. De plus, il faut savoir que le moment de la rupture est un moment critique , qui le plus souvent déclenche une aggravation de la violence.  Il s'agit d'un moment qu'il faut anticiper car la victime aura besoin d'être accompagnée. 

- se décourager, ne rien faire et laisser tomber en se disant:   "Je n'y peux rien". "Je suis impuissant devant cette situation"? Justement, vous pouvez faire beaucoup de choses. Quelles sont-elles? 

 

2. Informer et orienter


Vous pouvez informer la victime sur les ressources disponibles en expliquant en quoi elles peuvent lui être utiles. Chaque victime prendra sa propre décision, mais elle saura ce qui existe et vers qui se tourner lorsqu'elle sera prête. 

Voici une liste de principales ressources disponibles (valable en France): -

. le numéro 3919 : numéro anonyme et gratuit, accueille téléphoniquement les victimes pour les aider à analyser si oui ou non elles vivent des violences conjugales, et pour les orienter sur quoi faire. A savoir: ce service initialement prévu pour les femmes accueille aussi les hommes victimes.

. l'Antenne de Justice locale : existe dans toutes les grandes villes et donne des informations juridiques gratuites. Parfois,  il est possible de consulter un avocat gratuitement (permanence d'avocats  bénévoles). L'Antenne de Justice va informer la victime sur ses droits: droit de porter plainte, droit à être protégée par la Justice (ordonnance d'éloignement du conjoint, droit de rester au domicile conjugal avec les enfants, possibilité d'obtenir un téléphone d'urgence pour appeler en cas de danger,...). Les Antennes de Justice informent les victimes sur les procédures et les aident dans leurs démarches.   

. les associations spécialisées dans l'aide aux victimes de violences conjugales: existent dans beaucoup de grandes villes , très utiles et efficaces, il suffit de les appeler ou de s'y rendre; les professionnels de ces centres accueilleront , informeront et  orienteront la victime. Il ont des équipes pluridisciplinaires: psychologues, travailleurs sociaux, juristes spécialisés et formés. Ces associations proposent un accompagnement et un suivi chaleureux, sans jugement, des informations juridiques, des informations sur les lieux d'hébergement d'urgence, sur l'emploi,...Elles redonnent espoir au victimes en comprenant ce qu'elles vivent . Selon les associations, il y a des groupes de parole gratuits avec d'anciennes victimes, animés par des professionnels.

- l'assistant de service social de secteur: peut aider, informer orienter, soutenir sur divers aspects ( emploi, logement, aides sociales,...). L'accueil  ds victimes de violences conjugales fait partie des missions des assistants de service social. Il suffit de prendre rendez-vous .

- le commissariat de police ou la Gendarmerie pour porter plainte. Avec un bémol: il vaut mieux être accompagné par une association et/ou un avocat, car c'est difficile à faire seul. Mais pas impossible si nécessaire. Dans certains commissariats, il y a une assistance sociale spécifique qui assiste les victimes qui souhaitent porter plainte: se renseigner au commissariat.

- le médecin (et éventuellement le médecin psychiatre) et le psychologue pour les soins : un suivi médical est indispensable, l'aide d'un psychiatre ou d'un psychologue s'avère précieux.


- l'avocat  : si la victime en a la possibilité cette solution est plus discrète qu'avoir recours a l'Antenne de Justice ou une association. Un avocat pourra aiguiller la victime pour déposer plainte ou en cas de procédure devant le JAF (divorce, demande d'une mesure d'éloignement du conjoint,...).

- les sites internet, les articles, les  livres. Un exemple d'ouvrage qui peut aider: Marie-France HIRIGOYEN: "Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple"  Ed. Pocket.


3. Préparer un plan d'urgence 

Suggérer à la victime de préparer un plan d'urgence: un sac avec des affaires de première nécessité (toilette, etc) , un double des clés du domicile conjugal (parfois certaines victime se retrouvent à la rue sans moyen de rentrer chez elles suite à une dispute), la copie de ses papiers d'identité, autres papiers utiles (carte de séjour,...),  des vêtements de rechange et de l'argent.  Ce sac peut être déposé chez une personne ressource : ami, famille, voisin,....Lui suggérer  de toujours avoir sur elle les numéros d'urgence: police secours en cas d'agression, personnes ressources autour de soi vers qui se tourner si besoin....  (suggérer à la personne de les identifier à l'avance et de conserver leur numéro sur elle).  


4.  Signaler et protéger 

En tant que professionnel mais aussi en tant que citoyen, vous pouvez: 

- informer le Procureur de la République d'un risque de danger grave pour la victime (exemple: menaces avec arme à feu).

- s'il y a  des enfants au domicile et que vous considérez qu'ils sont en danger ou à risque de danger, vous pouvez signaler la situation au service de protection de l'enfance  du Conseil Départemental . Pour plus d'informations sur la procédure de signalement, vous pouvez contacter le Conseil Départemental et demander le service d'Aide Sociale à l'Enfance.

 

5. Maintenir le lien

Quoiqu'il arrive, maintenir le lien avec la personne  et maintenir la relation de confiance. A son rythme, lorsqu'elle le pourra, elle reviendra peut-être vers vous pour de l'aide. La plupart des victimes qui s'en sortent confient qu'il y a eu un seuil au delà duquel elles ne pouvaient plus supporter la situation. Pour chacun, ce seuil est différent, mais il sert parfois de déclencheur pour s'en sortir.