Violences conjugales

Différencier conflit conjugal et violence conjugale : 5 éléments pour mieux se repérer 


Si vous êtes soignant, travailleur social, professionnel de la petite enfance, si vous connaissez autour de vous des personnes qui vivent une expérience conjugale difficile:  cet article vous aidera à mieux comprendre la différence entre conflit conjugal et violence conjugale. 






Voici les critères de distinction  : 
 1. Le rapport de forces
 2. L'intensité des rapports humains
 3. Le processus et son évolution dans le temps 
 4. La nature du lien relationnel 
 5.  La prise en compte par la loi 

1. Le rapport de forces

La violence conjugale est une relation asymétrique : il y a une volonté de dominer l’autre et de détruire sa personnalité. Le résultat est grave : il s’agit d’une atteinte à l’intégrité de la personne. La victime est objet (et non sujet) dans la relation.

Le conflit est une relation symétrique : chacun est au même niveau, dans un rapport de forces plus ou moins égal.

 
2. L'intensité  des rapports humains  



La violence conjugale comme son nom l'indique, relève de la violence, c'est à dire si situe à un niveau extrême d'intensité dans les rapports humains, sur le versant négatif. Il s'agit d'actes agression importante, qu'elle soit physique ou psychologique. L'agression dans ce type de cas est toujours au-dessus du niveau tolérable dans les rappports humains. Elle bouleverse, déséquilibre, plonge les personnes impliquées dans un chaos psychologique et crée une très grande souffrance.  

> Le conflit conjugal, même s'il peut parfois être intensif , se joue à un degré d'agressivité inférieur à la violence. Il est "tolérable " dans le sens où il ne dépasse pas certaines limites sur l'échelle de l'agressivité. Il peut cependant êtte facteur de beaucou de tensions et présente toujours le risque d'évoluer vers plus d'agressivité (phénomène d'"escalade" du conflit"), ce qu'il faut éviter en essayant de le résoudre à temps.

 

 3. Le processus et son évolution dans le temps 

 -  La violence conjugale fonctionne par cycles : tension qui monte, déclenchement de la violence , puis période d'accalmie dite « lune de miel » (regrets, excuses, promesses de ne plus recommencer,…). Après la période d'accalmie, le cycle se répète  avec à nouveau tension, crise de violence, etc. Par aileurs, la violence conjugale  fonctionne en "spirale",  c'st-à-dire qu'elle a tendance à s'aggraver au fil du temps et peut aller jusqu’à l’homicide.   

- Le conflit est plus ponctuel. Il ne s'aggrave pas forcément dans le temps et il est possible d’en sortir par une bonne communication.

 

 4. La nature du lien relationnel 

 > Dans la violence conjugale, il y a emprise psychologique de l’agresseur sur la victime (1). Il s’agit d’un phénomène graduel qui a pour conséquence de « neutraliser » la victime dans le sens ou celle-ci perd progressivement de son pouvoir sur elle-même. Le pouvoir intrinsèque à la victime est en quelque sorte « transféré » chez l’agresseur : c’est lui qui détient l’autorité suprême dans le couple, la « toute-puissance ».

Par le phénomène d’emprise, la victime perd graduellement son autonomie, sa confiance en elle, sa capacité à penser librement. Elle devient totalement soumise à son agresseur.

Ce phénomène  est identique à celui de l’emprise sectaire. L'emprise se crée  graduellement et la victime ne s’en rend pas forcément compte. Avec le temps, elle perd peu à peu sa capacité à discerner ce qui est bon pour elle. Elle rentre  dans un état de confusion mentale qui altère sa capacité de discernement.  Elle peut s’accoutumer grduellement à la souffrance causée par cette "intrusion" dans son être à un point tel qu’elle supportera parfois l’insupportable. Parfois, elle sera dans l'incapacité de proéger ses proches (ses enfants, par exemple). Chacun ayant ses limites et sa capacité d’adaptation, le rapport de violence peut durer un certain temps avant que la victime ne réagisse.  Souvent, la victime est dans une forme de déni : elle ne peut accepter la réalité de ce qu’elle vit car ce serait trop douloureux pour elle. La victime se sent le plus souvent coupable de la situation, alors qu’en réalité elle en est victime. C’est un renversement de la culpabilité (qui incombe en réalité à l’agresseur). Très souvent, la victime se dissocie de son ressenti émotionnel ou physique pour survivre (2). Les rapports entre les personnes dans la situation de violences conjugales sont donc très complexes  et il est difficile pour la victime d'en sortir. Il n'y a pas de véritable communication ou de négociation possible, car les rapports sont inégaux. 

> Dans le conflit, chacun conserve son individualité, son libre-arbitre, son pouvoir sur lui-même. Si le conflit dépasse une certaine limite ou s'il est trop fréquent, il peut y avoir distanciation ou séparation du couple. Mais même  en cas de séparation, chacun garde sa part de pouvoir, qui reste relativement équilibré. Il peut y avoir des tensions, mais l'écoute et l'empathie réciproques sont possibles.  

 

5.  La prise en compte par la loi 

> La violence conjugale, qu’elle soit physique (coups et blessures), psychologique (humiliations,  insultes, menaces,…), sexuelle (rapports sexuels forcés), financière (interdiction d’avoir une carte bleue ou d’avoir accès à l’argent du ménage…), ou administratives (rétention de papiers administratifs comme une carte de séjour), est interdite et punie par la loi. (3)

La violence sort donc du champs « privé » pour rentrer dans le champs « public » : elle est contraire à ce qui en droit se nomme l '« ordre public », caractérisé par  la sécurité, la salubrité et la tranquillité publiques. C'est pourquoi une ateinte à la morale, à la santé, à la sécurité, à la paix publique, aux droits et aux libertés essentielles de chaque individu est sanctionnée  par la loi.  

En plus des sanctions pénales (amende, emprisonnement,…), des sanctions civiles peuvent être prononcées par un tribunal (dommages et intérêts).  

> Le conflit, s’il reste modéré,  ne crée pas de conséquence grave et n’est pas puni par la loi. 

 

En conclusion, violence conjugale et conflit conjugal sont très différents et ne se traitent pas de la même manière : dans le cas de la violence conjugale, la victime aura le plus souvent besoin d'une aide extérieure pour en sortir et briser l'emprise. 

 

(1) Pour plus d'information sur l'emprise:  M-F. HIRIGOYEN, Femmes sous emprise, les ressorts de la violence dans le couple, Ed Oh, 2005

(2) www.memoiretraumatique.org : site du Dr SALOMON, avec des informations sur les conséquences psychotraumatiques des violences (dont la dissociation traumatique ).

(3)  http://vosdroits.service-public.fr/particuliers/F12544.xhtml : informations sur les droits des victimes, site du service public